Burkina Faso, Bobo-Dioulasso - Quartier Accard-ville, secteur 9 porte 192.
L'expression "cabaret" est au Burkina Faso, la traduction de
"dolo bon" : la maison du dolo (ou la maison de l'alcool).
Le dolo, ou tchapalo en français, signifie bière de mil.
Ces cours privées, présentent dans de nombreux quartiers, sont des espaces conviviaux, lieux de communication où l'oralité retrouve
toute sa force créatrice. Toutes les couches sociales s'y retrouvent,
chacun vient déguster la bière locale, palabrer, chanter
et danser sur les rythmes traditionnels joués par les griots, encore
présents dans certains cabarets qui ne sont pas passés à
la sono !
Les dolotières ou dolo-tigui (propriétaires du dolo), femmes
qui préparent le bière de mil, sont généralement les
propriétaires des cabarets.
La préparation et la vente du dolo sont des activités
exigeantes et astreignantes, cuire la bière de mil demande un
travail intense d'environ trois jours.
Les cabarets permettent à de nombreuses femmes de travailler, mais
leurs enfants n'ont pas tous la chance de pouvoir "faire les bancs",
ils restent alors toute la journée au cabaret et ont parfois
l'occasion de siroter cette boisson ancestrale.
Les trois manguiers qui ombragent la cour de Céline Sama, ont
donné le nom au cabaret. Ancienne dolotière, Céline a
aujourd'hui passé la relève à sa fille Odette Sanogo.
Aux trois manguiers, dix personnes travaillent, une rotation est effectuée tous les trois jours entre les dolotières.
Toutes les étapes de la préparation sont réalisées avec
précision et sont bien définies. Après la germination et le
séchage du mil, les meuniers passent pour moudre le mil.
La farine est alors mélangée à de l'eau, brassé longuement ce
mélange et ensuite filtré. La dolotière y rajoute un petit
secret traditionnel, une eau dans laquelle a macéré une racine
facilitant la séparation du mil et de l'eau. La préparation
obtenue s'appelle le "dji niaga", qui est ensuite cuit dans des
canaris (jarre en terre) collés les uns aux autres autour d'un
foyer sans cesse alimenté.
Il faut 24h de cuisson pour obtenir le "dolo kéné" (dolo
non fermenté) qui refroidi ensuite dans de grandes bassines en
aluminium avant d'être rentré dans le "dolo bon" pour
l'étape de la fermentation (en fonction de sa durée le dolo
sera plus ou moins fort). Le dolo est servit tiède, dans des petites
calebasses, au prix de 150 F CFA le litre.
Les journées commencent très tôt. A l'arrivée des premiers
clients il est coutume pour les dolotières d'offrir, pour le
déplacement, une calebasse de dolo, le lenga (le cadeau). Les
musiciens "montent vers 10h et "descendent" vers 21h, parfois
avant si le dolo est écoulé.
Tout au long de la journée, les rythmes traditionnels (et l'effet
du dolo) entraînent les personnes dans la danse, et l'ambiance de
fête est sans cesse relancée par les habitués, les
vendeuses, les passants, les vendeurs ambulants... C'est un défilé
de joie de vivre et de bonne humeur.